Prologue : Sur les terres de John GIERACH

Il est parfois dangereux d’ouvrir un livre, car cela peut vous faire prendre des décisions capitales. Pour ce qui est des livres sur la pêche à la mouche, dans 90% des cas, ce sont des livres dangereux pour votre vie sociale, votre femme, vos gosses et votre travail.

Au dela des rivières, le voyage de pêche en Amérique, c'est l'ultime " road trip ".

Un livre qui conte des aventures de pêche à la mouche vous pousse dans vos derniers retranchements, et vous incite à élaborer des plans de voyages aussi incertains que trépidants. En 2007, c’était le livre de James Prosek «  Fly fishing around the 41 st paralell «  ( connu pour etre un excellent peintre, mais moins pour ces livres ) qui avait attisé ma flamme pour la Mongolie. Pour le voyage de pêche au Colorado, ce n’est pas vraiment un livre qui a mis le feu aux poudres, puisque en 2015 j’ai déjà été faire trainer mes nymphes céramique sur les rivières du grand ouest Américain.

Les fameux paysages rouges si colorés qui ont donné leur nom au Colorado.

Le coupable de ce retour au Colorado, c’est un certain John GIERACH. Si ce nom ne vous dit rien, courez vite acheter « Traite du zen et de l’art de la pêche a la mouche », sinon vous ne méritez pas le titre de moucheur !

Mon voyage de pêche en 2015 au Colorado fut fantastique, mais ces territoires immenses demanderaient 7 vies à un moucheur pour être explorés. Etonnement, dans son bouquin bourré d’aventures et d’autodérision, Gierach parlait très peu de la South Platte river, et du Cheesman canyon dans lequel j’avais pêché en 2015. Il insistait beaucoup sur la Frying Pan river. Comme j’avais fondé un profond respect pour GIERACH qui est tout comme moi un amoureux du bivouac de pêche, je me suis dit que ça serait vraiment génial de faire un voyage au Colorado sur les traces de John GIERACH…. Et me voila projeté à l’aéroport de Francfort, pour un envol direct sans escale jusqu’à l’aéroport de Denver.

La Frying pan river, dont je vous expliquerai la signification du nom à la fin du récit...

Voyage de pêche au Colorado 1/5 : Découverte de la Frying Pan 

Ah le Colorado printanier comme j’en rêvais ! Un peu froid le matin, mais avec un souffle chaud de printemps dès l’apres midi qui apporte des tapis de mouches. Un air de banjo qui résonne dans les bars, et un bivouac au bord de la rivière limpide avec un T-Bone en train de cuirre lentement dans le feu. Stop ! Arrête toi Stan, ça fait dix ans que tu pêches à la mouche, et tu idéalises encore de trop. Raconte donc à tes lecteurs les vraies conditions que tu as rencontré…Bon d’accord j’avoue, je vous ai dréssé un portrait ydillique de mon arrivée au Colorado.

J’ai commencé par rejoindre mon camarade de pêche JP avec son avion qui avait une heure de retard. Nous sommes arrivés assomés par le décalage horraire à la location de voiture, qui s’est empréssé de nous arnaquer et de nous faire gonffler la note. Pas de printemps à notre arrivée, mais un bon centimètre de neige sur la route. Bref, on avait pas du tout envie de faire les 3 heures de route jusqu’à la ville de Basalt pour rejoindre la Frying pan river…

La route sous son meilleur jour... Au mois d'avril, les températures varient de -10 à +25°C au Colorado !

La fleur au fusil, on avait prevu de camper dès le premier soir. La première nuit en bivouac s’est transformé en repos jet-laggé dans un motel miteux. Pour vous la faire simple, on s’est pris une bonne grosse vague de froid avec des temperatures entre 0 et 10°C au bord de  l’eau, la voila la vérité toute nue ! Néanmoins ( en général, quand lemoucheur commence une phrase par néanmoins, cela veut dire qu’il va vous expliquer que malgré des conditions de merde,le voyage s’annonce bien )… Donc néanmoins… Néanmoins… Bah y’a bien plus de poissons aux USA qu’en France, et donc rien que ça c‘est déjà super, même avec un vent du nord qui vous empêche de faire une dérive et de la soie qui gèle dans les anneaux !

Y’a rien qui démontera ma motivation, et si il faut casser la glace de la Frying pan river avec une masse pour prendre une truite arc en ciel en nymphe à vue, alors je le ferais ! Ce n’est  pas une petite vague de froid minable qui m’empêche d’attacher une mouche qui va me démonter le moral non ! Un moucheur qui part en voyage va toujours prendre plein de poissons ! Le manque de lucidité est l’essence même du moucheur.

Un lisse " farci de poissons "!

Voici donc notre premier jour de pêche : réveil a 7 h, à 8 heures nous passons au fly shop pour acheter nos permis. 5 Euros par jour pour pêcher 40 kilomètres d’une des rivières les plus poissonneuse du monde… (ça coute quoi dèja un permis en France ??).

Comme d’habitude, les fly shop sont tirés à 4 épingles, les rayons débordent d’accessoires, les bacs à mouches sont pleins à ras bord, et les murs sont couverts de photos de trophées… En Amérique, le moucheur se sent comme le footeux chez Foot Locker aux Champs Élysées…

On reste cependant stupéfiés par l’abondance des fameux indicateurs démesurés des Américains qui feraient fuir  nos poissons de la Loue ou de la Sorgue. D’ailleurs, pour le reste du récit, on a baptisés «  les patates » !

Mais ne prenez pas les Américains pour des blaireaux, sous ces indicateurs grotesques se cachent des nymphes minuscules…

Vu de la taille des nymphes du fly shop, on peut dèja deviner que la pêche va être technique… Mais ces truites ont-elles dèja vu des nymphes céramique ? Nous voila armés de nos permis, le boss du fly shop n’a rien réussi a vendre de plus aux Français…

Nous attaquons donc la Frying pan en cette matinée frileuse ( 8°C ) et couverte. Nous remontons tout le parcours pour arriver à la sortie du reservoir qui donne naissance à la rivière. Cinq locaux se tiennent à la sortie du pool, canne en soie de 8 et «  patate » en guise d’indicateur, ils martèlent le pool… 20 mètres à l’aval, des truites, beaucoup de truites ! Un carnaval d’arc en ciels et de farios se tiennent en queue de pool pour saisir les debris libèrés par le reservoir. On peut déjà compter dix poissons de plus de 50 centimètres, mais ils se tiennent sous une profonde colonne d’eau. On ne va pas embêter les locaux , et on attaque en nymphe à vue sur la queue du pool. Je reste têtu et fidèle à mes nymphes céramique… Au bout de 5 minutes, premier poisson pendu !

Des poissons qui n'ont jamais vu une céramique de leur vie !

Une fario de 30 centimètres à la robe ambrée… C’est un petit poisson pour le Colorado, mais elle à apprécié la céramique… Je persiste et signe avec mon 0.12 mm en pointe… Les poissons se tiennent dans une colonne d’eau puissante, le spot parfait pour les «  tarter »  avec une nymphe céramique… Je repère un poisson plus gros… Je claque la céramique en surface… La dérive suit son cours… Un éclair blanc dans la gueule de la truite contraste sur le fond ocre… C’est pendu.

Un poisson d’environ 45 cm avec toujours cette robe ambrée saupoudrée de points noirs… Quelle beauté ! Disons que malgré ce froid, ces poissons restent actifs…

On descend sur les lisses de la Frying Pan, les fonds sont couleur rouge ocre, et les truites y sont nombreuses. Une jolie fario se tient dans une veine d’eau moins profonde, il est temps d’essayer une mouche de la collection Carpat Flies au coloris olive… Elle court après !

On se retrouve ensuite sur un lisse cassé en son milieu par une marche… Les truites abondent… Je retourne à ma nymphe fétiche,  la céramique moutarde…

Cette fois ci, les truites ne courent plus après, il faut vraiment leur faire des dérives «  pleine gueule »  comme me l’a appris Cédric NOLIN.

Bien souvent quand la mouche arrive pleine gueule, ces belles farios Américaines les gobent très discrètement, comme si elles voulaient cacher leur honte de manger une friandise Française…

Il faut ferrer dans la seconde sous peine de voir sa nymphe recrachée… Cette pêche de précision me rapporte le premier beau poisson du séjour qui se révèle être une fario de 48 centimètres.

On ne saura pas pourquoi, mais ces poissons se battent comme des vieilles chaussettes…Sûrement le manque de courant et l’abondance de nourriture…  

On se rend compte sur ce lisse que ces truites farios ont une estéthique incroyable, puisqu’elles ont une queue rouge, mimétisme naturel lié aux fond ocres de la Frying pan. Les adipeuses sont hallucinatoires, mitraillées de fins points rouges sur un fond crème… Un régal pour les yeux !

On echaîne, de mon coté la nymphe céramique continue a faire du dégat chez les truites Américaines, alors que JP reste sur du classique comme des pheasant tails ou des nymphes dubbing.

On finit la journée avec une vingtaine de poissons chacun, JP prendra la plus gross truite de la journée au streamer dans la soirée…

Mais ce n’était qu’une journée d’échauffement ! A bientôt pour la partie 2/5 nommée : carton plein sur la Frying pan !

A bientôt pour un nouvel article, et n’oubliez pas que truites et ombres passent 90% de leur temps à se nourrir sous l’eau ! 

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Stan